« Il pleure quand je le laisse à l’école… » : comprendre et accompagner les difficultés de séparation à la rentrée

La rentrée scolaire est souvent présentée comme un nouveau départ.
Un nouveau cartable.
Une nouvelle classe.
De nouveaux copains.
De nouvelles aventures.
Mais derrière les photos du premier jour d’école, il y a parfois une autre réalité :
un enfant qui pleure au moment de quitter son parent.
Il s’accroche. Il refuse d’entrer dans la classe. Il demande encore un câlin. Il répète « ne pars pas ». Et parfois, le parent repart avec le cœur serré et la culpabilité de laisser son enfant en pleurs.
Alors une question revient souvent :
« Est-ce que je fais quelque chose de mal ? »
La réponse est non.
La séparation peut être une véritable étape émotionnelle pour un enfant, particulièrement lorsqu’elle s’accompagne d’un nouvel environnement ou de nouveaux repères.
Pourquoi la séparation peut-elle être si difficile ?
Pour un jeune enfant, entrer à l’école ne signifie pas seulement « aller apprendre des choses ».
Cela signifie aussi :
quitter son parent, entrer dans un nouvel environnement et faire confiance à d’autres adultes pour prendre le relais.
Si l’enfant a déjà connu la crèche, une assistante maternelle ou des séparations régulières avec ses proches, cette transition peut être plus familière.
Mais chaque enfant est différent.
Et même un enfant qui se séparait facilement auparavant peut rencontrer une période plus difficile à un moment donné.
C’est ce que soulignent les experts (*) : l’entrée à l’école représente une étape importante et les réactions peuvent varier selon l’expérience antérieure de séparation, la sensibilité de l’enfant et le contexte.
Pleurer au moment de la séparation ne signifie donc pas nécessairement que votre enfant est mal à l’école.
Dans certaines situations, les professionnels constatent d’ailleurs que les pleurs cessent rapidement après le départ du parent et que l’enfant passe ensuite une bonne journée.
« Mais il pleure tellement… »
C’est probablement ce qui est le plus difficile pour un parent.
Parce que même lorsque l’on sait que l’enfant va être accompagné, voir son enfant pleurer active nos propres émotions.
On peut avoir envie de rester.
De revenir.
De négocier encore un peu.
De multiplier les câlins, et les ré assurances du type « ça va aller »,« tu es très courageu(se)x » sans grand d'effet ...
Et c’est humain.
Mais une séparation qui s’éternise peut parfois rendre le moment encore plus difficile.
Les recommandations vont notamment dans le sens d’une séparation claire, courte et rassurante, sans revenir sur ses pas une fois le départ effectué.
L’objectif n’est évidemment pas de faire comme si l’enfant ne souffrait pas.
C’est plutôt de lui transmettre :
Je vois que c’est difficile pour toi. Et je sais que tu vas pouvoir traverser ce moment.
Rassurer son enfant… sans lui transmettre notre propre inquiétude
C’est un point qui me semble particulièrement important.
Les enfants sont très sensibles à l’état émotionnel de leurs parents.
Si le parent est extrêmement inquiet, hésitant ou culpabilisé au moment de la séparation, l’enfant peut percevoir cette inquiétude.
Cela ne signifie absolument pas que les parents « provoquent » l’anxiété de leur enfant.
Mais cela rappelle quelque chose d’essentiel :
notre manière d’aborder la séparation peut contribuer à sécuriser ou à compliquer le moment.
Les experts insistent d’ailleurs sur l’importance pour le parent d’être rassurant, calme et déterminé, tout en reconnaissant les émotions de l’enfant.
On peut donc dire :
« Je vois que tu es triste que je parte, et c'est normal, tu as le droit de ressentir ça »
Puis :
« Je vais partir maintenant, et je reviendrai te chercher après le goûter. »
Plutôt que :
« Ne t’inquiète pas, ne pleure pas, tout va bien ! »
Reconnaître l’émotion ne signifie pas l’amplifier, au contraire - Et je sais cela peut vraiment sembler contre naturel au début"
Donner des repères concrets à l’enfant
Un jeune enfant ne se représente pas toujours le temps comme un adulte.
« Je reviens à 16h30 » n’est pas forcément très parlant.
On peut plutôt utiliser les événements de sa journée :
« Je pars après ton câlin. Ensuite tu vas jouer, manger, faire la sieste et après je reviendrai. »
Cela permet de rendre le retour du parent plus concret.
Et surtout, tenir sa promesse de retour permet progressivement à l’enfant de faire l’expérience suivante :
« Papa/maman part… et revient toujours. »
Cette répétition participe à construire un sentiment de sécurité.
Et si mon enfant pleure tous les matins ?
Il est important de regarder l’ensemble de la situation.
Est-ce que les pleurs s’arrêtent rapidement après votre départ ?
Est-ce qu’il participe ensuite aux activités ?
Est-ce qu’il joue ?
Est-ce qu’il mange et dort normalement ?
Est-ce qu’il retrouve son humeur habituelle après l’école ?
Ces éléments peuvent être utiles pour comprendre ce qui se passe réellement.
Une difficulté de séparation temporaire n’a pas la même signification qu’une souffrance qui s’installe durablement.
Certains enfants ont besoin de quelques jours ou semaines pour s’adapter. Pour beaucoup d’enfants, les difficultés de séparation s’apaisent progressivement, tandis que des difficultés persistantes ou très importantes méritent d’être discutées avec les professionnels qui entourent l’enfant.
Si l’enfant reste en grande détresse, si les difficultés s’intensifient ou s’accompagnent d’autres symptômes importants — troubles du sommeil, plaintes somatiques répétées, refus durable de l’école, anxiété très envahissante… — il est préférable d’en parler avec l’enseignant, le médecin qui suit l’enfant ou un psychologue.
Demander de l’aide n’est pas un échec.
Et si on transformait la séparation en petit rituel ?
C’est ici que la sophrologie peut apporter des outils intéressants.
L’idée n’est pas de demander à un enfant de 3 ou 4 ans de « gérer son anxiété » comme un adulte.
On peut plutôt lui proposer des expériences très simples et très concrètes.
Par exemple, avant d’entrer dans l’école :
Une respiration
Faire une grande inspiration ensemble…
Puis souffler doucement comme si on voulait faire bouger une plume.
Deux ou trois fois.
Pas besoin d’en faire dix.
L’objectif est simplement de créer un petit temps de ralentissement avant la séparation.
Un geste repère
Une main sur le cœur.
Une pression douce dans les mains.
Ou un petit geste choisi ensemble.
Vous pouvez lui dire :
« Quand tu fais ce geste, tu peux penser à moi et te rappeler que je reviens te chercher. »
Un rituel de séparation
Toujours le même :
un câlin _ un bisou _ une phrase _ départ.
Par exemple :
« Je t’aime, tu es en sécurité, je reviens après le goûter. »
Puis on part.
La répétition permet au rituel de devenir prévisible.
La sophrologie : apprendre à revenir à soi
Dans mes accompagnements, c’est justement cette idée qui m’intéresse.
La sophrologie ne consiste pas à empêcher une émotion d’exister.
On ne cherche pas à faire disparaître la peur, la tristesse ou l’inquiétude.
On apprend progressivement à les reconnaître et à retrouver des ressources pour les traverser.
Chez l’enfant, cela passe notamment par :
la respiration les mouvements l’imaginaire le jeu les sensations corporelles
Et c’est aussi pour cela que j’aime utiliser les histoires.
Un enfant peut parfois parler plus facilement d’un petit personnage qui a peur que de dire directement :
« Moi aussi, j’ai peur de quitter maman. »
Le personnage devient alors une porte d’entrée vers ses émotions.
« Maman part… mais elle revient. »
Finalement, derrière les pleurs de la rentrée, il y a un apprentissage immense.
Celui de la séparation.
Mais aussi celui des retrouvailles.
L’enfant découvre progressivement :
Je peux être loin de mon parent. Je peux être accompagné par quelqu’un d’autre. Je peux ressentir de la tristesse. Je peux traverser cette émotion. Et mon parent revient.
Et peut-être que c’est cela que nous cherchons à lui transmettre.
Pas :
« Tu ne dois pas avoir peur. »
Mais plutôt :
« Tu peux avoir peur, et je sais que tu peux traverser ce moment. »
Et vous, comment vivez-vous les séparations ?
La rentrée peut réveiller beaucoup d’émotions chez les enfants…
Mais aussi chez les parents.
Alors si votre enfant pleure cette année au moment de vous quitter, essayez de vous rappeler :
son émotion n’est pas forcément le signe que vous faites quelque chose de mal.
Vous pouvez l’accueillir.
Lui donner des repères.
Créer un rituel.
Et progressivement lui permettre de faire l’expérience qu’une séparation n’est pas une disparition.
C’est un « au revoir ».
Et surtout : chaque enfant évolue à son propre rythme
Dernière petite astuce :
Et si vous lui racontiez aussi votre journée ?
On pense souvent à expliquer à l’enfant ce qu’il va faire à l’école : les activités, la cantine, la récréation, la sieste…
Mais on peut aussi lui raconter ce que nous, nous allons faire pendant qu’il sera à l’école.
« Moi, je vais aller travailler. Après, je vais faire les courses, et puis je viendrai te chercher. »
Cela peut sembler tout simple, mais cela permet à l’enfant de se représenter concrètement ce qui se passe pendant la séparation.
Vous n’êtes pas là à l’attendre toute la journée. Lui non plus.
Chacun vit sa journée, puis vient le moment des retrouvailles.
Et cette idée peut être particulièrement rassurante pour un petit enfant qui imagine parfois que, dès que son parent disparaît derrière la porte de l’école, le temps s’arrête jusqu’à son retour.



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